Incitation au suicide sur les réseaux sociaux

Chronique prévention suicide Par Roxanne Lafleur

Je me suis penchée sur ce « phénomène » si je puis l’appeler ainsi. Un phénomène qui me donne un coup au cœur à chaque fois que je lis des commentaires qui disent : « Va donc te suicider », « Va te pendre », « Meurs donc » et autres commentaires de ce genre. Oui, je viens parler de l’incitation au suicide sur les réseaux sociaux, et je pense que c’est important d’en parler parce que certaines personnes croient encore qu’elles peuvent écrire tout et n’importe quoi sur ces plateformes sans conséquences.

Pourtant, il y a des conséquences réelles pour les gens qui reçoivent ces messages, et légalement, il y a bel et bien des répercussions. Je parle des réseaux sociaux, mais aussi des messages privés, ceux que l’on reçoit à l’abri des communautés. C’est une chose que l’on voit de plus en plus, et dont j’ai été témoin moi-même. J’ai vu, sur divers groupes Facebook, des commentaires sur Instagram et d’autres réseaux sociaux, où l’incitation au suicide était plus que claire. Sur des groupes où je me suis dit : « Ben voyons, comment peux-tu dire ça pour X raisons ? » On ne le ferait pas dans la vraie vie, on ne le dirait pas devant quelqu’un, alors pourquoi sur les réseaux sociaux ? Je ne comprends pas.

Qu’est-ce que l’incitation au suicide ?

Nous allons d’abord expliquer ce qu’est l’incitation au suicide. Je vais prendre la définition de l’article 241 du Code criminel du Canada, qui dit, et je cite : « Encourager ou aider quelqu’un à se suicider est considéré comme un crime passible de prison. »

J’entends certains dire : « Ben voyons, ils ne vont pas m’emprisonner pour ça ! » Euh… oui, il se peut que ça aille jusque-là. Un avertissement, une amende, et plus si jamais c’est trop répétitif ou plus intense. C’est encore le Far West sur les réseaux sociaux, mais je dirais que les policiers prennent plus au sérieux maintenant les plaintes provenant de ces plateformes.

Il existe une publication de Sécurité publique Canada qui affirme que la cyberintimidation peut entraîner des accusations criminelles, notamment « le fait de conseiller le suicide ». J’ai tenté de chercher s’il y avait une loi spécifique au Québec, mais je n’ai rien trouvé, même dans la jurisprudence québécoise, soit par le peu de poursuites, des affaires confidentielles ou non médiatisées. Cependant, ce que j’ai compris, c’est que la loi fédérale couvre ce type de comportement : Encourager ou aider au suicide est un crime.

La responsabilité humaine

Mais au-delà de la loi, au-delà des plaintes, il y a aussi une responsabilité humaine. Quand on écrit quelque chose sur Internet ou en message privé, on ne voit pas toujours la réaction de la personne qui reçoit le message. Mais elle existe.

Un message que l’on pense banal, sarcastique ou même drôle, ça peut être la goutte de trop pour quelqu’un qui se bat tous les jours pour rester en vie.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que derrière chaque profil, chaque commentaire, il y a un être humain. Ce n’est pas seulement une photo, une image dans la mer des réseaux. C’est un être humain qui ressent, qui doute, qui se questionne, qui souffre parfois plus qu’il ne le montre.

Certaines personnes qui souffrent ne savent plus où demander de l’aide et laissent un commentaire ici et là en espérant que quelqu’un capte le message. Malheureusement, plus souvent qu’autrement, elles reçoivent un message avec cruauté et un manque d’empathie évident. C’est l’équivalent de lui dire de se taire, qu’elle ne compte pas, qu’elle n’est pas utile. Pour quelqu’un déjà au bord du gouffre, c’est une confirmation à ses pensées distordues. Ce commentaire-là peut donc être, comme je l’ai dit tantôt, le facteur précipitant. Il se peut que ça ne fasse jamais la une des journaux, qu’on n’en entende peut-être jamais parler, mais le risque est là.

Ce que nous pouvons faire, collectivement

Qu’est-ce qu’on peut faire alors, nous, comme communauté ?

D’abord, surveiller notre propre langage. Être attentif. Être humain. Avant de peser sur « Entrée », prenez deux minutes et relisez-vous. Demandez-vous : « Est-ce que je dirais ça dans la face de quelqu’un en vrai ? »

Vous pouvez également agir comme témoins si vous voyez la personne souffrir publiquement.

Ce que vous pouvez faire :

  • Signaler les commentaires dangereux ou incitatifs.
  • Contacter la personne en détresse en privé, avec bienveillance.
  • Appeler les secours si un danger imminent est évoqué.
  • Encourager les proches à intervenir.
  • Donner les numéros des lignes d’aide.
  • Surtout : Valider la souffrance.

Parce que la détresse diminue quand elle est entendue. Quand elle est ridiculisée, elle amplifie et prend toute la place. L’incitation au suicide, ce n’est pas juste des mots, ce n’est pas juste une phrase « pour être drôle ». C’est un crime. C’est un geste grave inscrit dans le Code criminel depuis longtemps.

Dans un monde hyperconnecté comme maintenant, c’est un geste qui prend une ampleur nouvelle. Mais une loi n’est pas une assurance que tout acte sera puni. Le vrai pouvoir, c’est nous, collectivement, ensemble. Les mots peuvent blesser, faire mal, amplifier notre détresse.

En même temps, quand on fait preuve d’empathie, nos mots peuvent ouvrir une porte, tendre la main, empêcher un geste irréversible, apaiser la tempête qui fait rage dans notre cœur. Si nous avons ce pouvoir, nous avons aussi une responsabilité collective.

Donc, la prochaine fois que vous voyez quelqu’un en détresse sur les réseaux sociaux, rappelez-vous que vous pouvez être la voix qui apaise, pas celle qui pousse. La voix qui soutient, pas celle qui juge. La voix qui sauve, parfois sans même le savoir. Parce que derrière l’écran, il y a toujours un être humain. De plus, ne dit-on pas que les écrits restent ? Soyez cet écrit dont la personne se rappellera et qui se dira : « Une chance que cette personne était là quand je n’allais pas bien. »

Sur ce, moi je vous dis prenez soin de vous, prenez soin des autres et je vous dis à la prochaine.

Ressources :

Ligne d’aide : 1-866-277-3553 Suicide.ca Texte : #535353

Centre de crise Malartic : 819 757-6282 Centre de prévention Suicide Senneterre : Lundi au vendredi de 8 h à 16 h ou au 819-737-2785

Crédit Photo : Keenan Constance

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